La douleur chez les personnes âgées en EHPAD : un enjeu majeur

24/022026

La douleur chez les personnes âgées accueillies en EHPAD constitue un enjeu central de santé publique, car elle reste encore trop souvent sous‑évaluée et insuffisamment traitée. Cette sous‑évaluation impacte directement la qualité de vie, l’autonomie et la dignité des résidents, et s’oppose à toute démarche de bientraitance en EHPAD.​


Selon les enquêtes gériatriques, une proportion importante de résidents présente au moins une pathologie chronique douloureuse, avec une comorbidité élevée (maladies ostéo‑articulaires, cancer, neuropathies, etc.). Chez les personnes atteintes de troubles neurocognitifs, la douleur est particulièrement complexe à repérer, et les outils d’auto‑évaluation classiques (EVA, échelle numérique) sont souvent inadaptés.
 

La douleur en EHPAD : quelques repères chiffrés

Même si les chiffres varient selon les études, plusieurs constats se dégagent :

  • Une grande proportion de résidents en EHPAD vit avec au moins une pathologie chronique, souvent douloureuse et pas toujours stabilisée.
  • Chez les personnes atteintes de maladie d’Alzheimer ou de démences apparentées, une majorité a des difficultés à exprimer sa douleur de manière fiable, ce qui rend nécessaires les échelles comportementales.
  • Environ un tiers des douleurs peut rester non détecté en l’absence d’outils d’hétéro‑évaluation structurés (Algoplus, Doloplus, ECPA…), d’après les synthèses SFETD et les retours d’expérience en gériatrie.
  • Certaines études montrent qu’une prise en charge antalgique adaptée peut réduire significativement les troubles comportementaux liés à la douleur (agitation, agressivité, déambulation), avec des diminutions pouvant atteindre plusieurs dizaines de pourcents selon les séries.​

Ces ordres de grandeur justifient une politique proactive d’évaluation systématique de la douleur dans les établissements.

Pourquoi la douleur reste‑t‑elle sous‑évaluée en EHPAD ?

La perception et l’expression de la douleur se modifient avec l’âge, et cette évolution est encore plus marquée en présence de troubles cognitifs ou sensoriels. Chez de nombreux résidents, la douleur se manifeste davantage par des modifications comportementales que par des plaintes verbales explicites.

Parmi les facteurs de sous‑évaluation :

  • Difficultés de communication (démences, aphasie post‑AVC, troubles auditifs, troubles du langage).​
  • Tendance à minimiser ou banaliser la douleur (« c’est normal à mon âge », peur de déranger, résignation).
  • Idées reçues persistantes sur le vieillissement, associant à tort la douleur à une conséquence inévitable de l’âge.

 

« La douleur n’est jamais normale, quel que soit l’âge. Ne pas reconnaître la douleur d’une personne âgée, c’est risquer de porter atteinte à son bien‑être, à sa dignité et à sa qualité de vie. » — Haute Autorité de Santé, recommandations sur l’évaluation de la douleur

Conséquences d’une douleur mal prise en charge

Lorsque la douleur est mal détectée ou insuffisamment traitée, les répercussions sont multiples :

  • Diminution de la qualité de vie : inconfort permanent, fatigue, perte de plaisir dans les activités quotidiennes.
  • Troubles du comportement : agitation, agressivité, anxiété, déambulation nocturne, refus de soins.
  • Retrait social et repli sur soi, baisse de participation aux temps collectifs et aux animations.
  • Perte d’autonomie accélérée : réduction de la mobilité par peur de la douleur, limitation des transferts et déplacements.
  • Altération du sommeil, de l’appétit et de l’humeur, majorant le risque de dénutrition, de dépression et de confusion.​
  • Augmentation des complications : chutes, escarres, infections, hospitalisations évitables.

Les principales échelles d’évaluation en EHPAD

Pour répondre à ces enjeux, plusieurs échelles d’hétéro‑évaluation validées sont recommandées chez la personne âgée, notamment en cas de troubles de la communication.​

Tableau comparatif : Algoplus, Doloplus‑2, ECPA

 

Critère

Algoplus

Doloplus‑2

ECPA

Public cible

Personnes âgées non communicantes, troubles cognitifs

Personnes âgées avec douleur chronique et troubles de communication

Personnes âgées, douleur aiguë provoquée par les soins

Type de douleur

Principalement aiguë (accès douloureux, post‑chute, post‑opératoire, soins)

Principalement chronique

Douleur aiguë provoquée (soins, mobilisations, pansements)

Nombre d’items

5 items

10 items

8 items

Cotation / score

0 à 5 (1 point par item présent)

0 à 30 (chaque item coté 0 à 3)

0 à 16 (8 items cotés 0 à 2 dans la version la plus utilisée)

Seuil de prise en charge

Score ≥ 2 : douleur à prendre en charge

Score ≥ 5 : douleur clairement affirmée

Score ≥ 6 : prise en charge antalgique recommandée

Période d’observation

Situation immédiate (pendant un soin, une mobilisation)

Observation sur 24–48 h, contexte de vie habituel

Avant / pendant / après le soin douloureux

Durée de passation

Très rapide (souvent < 5 min)

Environ 10–15 min

Environ 10 min

Utilisateurs

IDE, aides‑soignants, médecins, équipe de terrain

Équipe pluridisciplinaire

IDE et médecins, parfois en appui des soignants

Références

HAS – liste des échelles acceptées, Doloplus / CHU – Algoplus​

Doloplus – collectif Doloplus, HAS​

HAS, OMEDIT – ECPA douleur aiguë provoquée

 

Algoplus : repérer la douleur aiguë chez la personne non communicante

L’échelle Algoplus est une échelle comportementale d’hétéro‑évaluation, spécifiquement développée pour la douleur aiguë chez la personne âgée présentant des troubles de la communication verbale. Elle est validée scientifiquement et recommandée par la HAS pour les situations où l’auto‑évaluation n’est pas possible.​

Les 5 domaines d’observation :

  • Visage : grimace, crispation, mâchoires serrées, froncement des sourcils.​
  • Regard : regard fixe, fuyant ou lointain, absence de contact visuel, larmoiement.​
  • Plaintes : gémissements, cris, « aïe », « ça fait mal », vocalisations inhabituelles.​
  • Corps (posture) : position antalgique (repli, protection d’une zone), raideur, retrait du membre mobilisé.​
  • Comportement : agitation, agressivité, agrippement, opposition aux soins, refus de bouger.​

Cotation et interprétation :

  • Chaque item est coté 0 (absent) ou 1 (présent), soit un score total de 0 à 5.​
  • Score ≥ 2 : présence de douleur → mise en place ou adaptation d’une prise en charge antalgique.
  • ​ Score < 2 : pas de douleur détectable à ce moment, mais surveillance attentive à poursuivre.​

L’évaluation doit idéalement être réalisée pendant un soin ou une mobilisation, car c’est souvent dans ces temps que la douleur est la plus manifeste.

Doloplus‑2 : évaluer la douleur chronique et son retentissement

L’échelle Doloplus‑2 est une échelle d’hétéro‑évaluation de la douleur chronique, validée pour la personne âgée présentant des troubles de la communication. Elle permet d’apprécier le retentissement global de la douleur sur la vie quotidienne.​

Les 10 items sont répartis en 3 dimensions :

  1. Dimension somatique (5 items) : plaintes somatiques, positions antalgiques, protection de zones douloureuses, mimique, sommeil.
  2. Dimension psychomotrice (2 items) : toilette / habillage, mouvements.
  3. ​ Dimension psychosociale (3 items) : communication, vie sociale, troubles du comportement.

Chaque item est coté de 0 à 3, donnant un score global de 0 à 30.

  • Score ≥ 5/30 : douleur clairement affirmée, nécessitant une prise en charge antalgique.​
  • Scores intermédiaires bas (1–4) : doivent inciter à un test thérapeutique et à une réévaluation pluridisciplinaire.

Doloplus se coter sur une période de 24 à 48 h, pour intégrer différentes situations (repos, soins, activités, repas).

 

ECPA : la douleur aiguë provoquée par les soins

L’ECPA (Échelle Comportementale de la Douleur chez la Personne Âgée) est recommandée pour évaluer la douleur aiguë provoquée par les soins (pansements, mobilisations, nursing, gestes invasifs).

Elle observe la personne avant, pendant et après le soin.

Principaux items (8 items au total) :

  • Expression du visage. Position
  • spontanée antalgique au repos.
  • Mouvements corporels (retrait, protection).
  • Relation à autrui (opposition, agrippement).
  • Réactions pendant la mobilisation ou le soin.
  • Plaintes, verbales ou non verbales.

Cotation et seuil :

  • Score total de 0 à 16 (8 items, cotés 0 à 2 dans la version la plus utilisée en pratique).
  • Selon la HAS, un patient nécessite une prise en charge antalgique à partir d’un score ≥ 6/16.

L’intérêt majeur de l’ECPA est la comparaison avant / pendant / après le soin, qui permet d’ajuster les protocoles (prémédication, rythme des soins, techniques moins douloureuses).

Handol : un outil pour les personnes en situation de handicap

Handol n’est pas une simple échelle, mais une mallette douleur conçue pour mieux détecter et prendre en charge la douleur chez les personnes en situation de handicap, proposée par l’ARS Auvergne‑Rhône‑Alpes. Elle met à disposition :​

  • Un dossier complet explicatif sur la douleur chez les personnes handicapées.
  • Un livret de formation pour les professionnels.
  • Un classeur d’échelles et de supports pratiques adaptés aux difficultés de communication.​

Cette mallette est particulièrement utile pour les personnes avec polyhandicap, déficiences sensorielles multiples ou difficultés majeures d’expression, y compris dans certains EHPAD accueillant ce profil de résidents.​

Spécificités de la douleur chez les personnes atteintes d’Alzheimer

En EHPAD, 50 à 60% des résidents sont atteints de maladie d’Alzheimer ou de démences apparentées selon les études gériatriques. Chez ces personnes, la douleur est souvent sous‑reconnue car les capacités verbales et la mémoire des symptômes se dégradent progressivement. Les manifestations typiques :

  • Perte du vocabulaire spécifique de la douleur (« j’ai mal », localisation).
  • Incohérence des réponses (oublier la douleur entre deux questions, minimiser ou amplifier sans intention).
  • Confusion entre douleur physique et détresse émotionnelle.

Les signes d’alerte comportementaux qui doivent faire suspecter une douleur :

  • Agitation soudaine, en particulier en fin de journée (syndrome crépusculaire).
  • Agressivité lors des soins, inhabituelle pour la personne.
  • Refus catégorique de soins (toilette, habillage, change) auparavant bien tolérés.
  • Repli sur soi, isolement, refus d’activités habituellement appréciées.
  • Modification récente de l’appétit et du sommeil.
  • Déambulation anxieuse, gémissements répétés, changement de posture (protection d’une zone, position en flexion).

Dans ce contexte, Algoplus devient un outil central pour objectiver la douleur à partir de ces modifications comportementales, sans nécessiter de participation verbale. Les causes fréquentes de douleur chez ces résidents incluent : arthrose, douleurs neuropathiques, conséquences de chutes, infections urinaires, constipation, escarres débutantes, atteintes dentaires ou prothèses mal adaptées.

Stratégie d’évaluation recommandée en EHPAD

Les recommandations convergent vers une approche structurée :

  • Auto‑évaluation dès que possible (EVA, échelle numérique, verbale simple).
  • Algoplus en première intention chez la personne non communicante ou en cas de doute.​
  • Doloplus‑2 pour évaluer la douleur chronique et son retentissement sur 24–48 h
  • ECPA pour la douleur aiguë provoquée par les soins.

Un protocole type :

  • Évaluation quotidienne de la douleur pour les résidents à risque, avec traçabilité dans le dossier de soins
  • Réévaluation systématique après tout changement clinique (chute, infection, modification de traitement) ou comportemental (agitation, refus de soins, isolement)
  • Test thérapeutique antalgique (paracétamol palier 1, par exemple) en cas de score Algoplus ≥ 2 ou Doloplus ≥ 5, avec réévaluation à 30–60 minutes puis à 24–72 heures selon la situation.

Approche pluridisciplinaire et réévaluation régulière

La prise en charge de la douleur en EHPAD repose sur une équipe pluridisciplinaire coordonnée : médecins, infirmiers, aides‑soignants, kinésithérapeutes, psychologues, psychomotriciens, équipes d’animation. Chaque professionnel contribue à repérer les signes, transmettre les informations et adapter les soins.

Points clés :

  • Ajuster régulièrement les traitements antalgiques en fonction de l’efficacité (scores d’échelles, comportement) et de la tolérance (constipation, somnolence, confusion, risque de chute)
  • Surveiller les interactions médicamenteuses et la polymédication très fréquente en gériatrie
  • Intégrer systématiquement des approches non médicamenteuses : mobilisations douces, kinésithérapie, massages, thermothérapie, musicothérapie, techniques de relaxation, adaptation de l’environnement.

Ressources et liens utiles

Questions fréquentes sur l'évaluation de la douleur en EHPAD

Comment évaluer la douleur chez une personne âgée qui ne parle plus ?

L'échelle Algoplus permet d'évaluer la douleur par observation de 5 critères comportementaux : expression du visage, regard et contact visuel, plaintes verbales ou vocalisations, posture corporelle et comportement. Un score supérieur ou égal à 2 sur 5 indique une douleur nécessitant une prise en charge immédiate. Cette échelle est spécifiquement conçue pour les personnes âgées non communicantes, notamment celles atteintes de troubles cognitifs sévères.

Quelle est la différence entre l'échelle Algoplus et l'échelle Doloplus ?

L'échelle Algoplus (5 items, 5 minutes) évalue la douleur aiguë par observation immédiate, idéale pour les situations d'urgence ou les soins quotidiens. L'échelle Doloplus (10 items, 15 minutes) évalue la douleur chronique sur une période de 24 à 48 heures, en observant les retentissements somatiques, psychomoteurs et psychosociaux. Algoplus est utilisée quotidiennement lors des soins, tandis que Doloplus sert au suivi hebdomadaire des douleurs persistantes.

À quelle fréquence faut-il évaluer la douleur en EHPAD ?

L'évaluation systématique quotidienne est recommandée pour tous les résidents à risque (pathologies chroniques, antécédents douloureux, troubles cognitifs). Une réévaluation immédiate s'impose après tout changement comportemental (agitation, refus de soins, repli sur soi), refus de soin, agitation inhabituelle ou mise en place d'un nouveau traitement. Les résidents sous traitement antalgique doivent être réévalués 30 minutes après administration pour vérifier l'efficacité.

Quels sont les principaux signes de douleur chez une personne atteinte d'Alzheimer ?

Chez les personnes atteintes d'Alzheimer ou de troubles neurocognitifs, la douleur s'exprime souvent par des changements comportementaux : agitation inexpliquée, agressivité soudaine, refus de soins, repli sur soi, modification de l'appétit ou du sommeil, gémissements ou plaintes lors des mobilisations. Le visage peut montrer une expression figée, le regard fuyant, et la posture se raidir. Ces signaux nécessitent une évaluation systématique avec l'échelle Algoplus.

 

Comment l'EHPAD assure-t-il la prise en charge de la douleur au quotidien ?

La prise en charge repose sur une approche pluridisciplinaire : évaluation systématique par les aides-soignants et infirmiers lors des soins quotidiens, transmission immédiate au médecin coordonnateur, adaptation des traitements antalgiques, et mise en œuvre de techniques non médicamenteuses (massages, mobilisations douces, musicothérapie). Chaque professionnel contribue à l'observation, la traçabilité dans le dossier de soins, et le suivi de l'efficacité des mesures prises.

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